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Le courage de soeur Ann

La photo de cette religieuse birmane a fait le tour du monde. On la voit à genoux implorer l’armée de ne pas tirer sur les manifestants. Un geste prophétique et courageux qui a évité un bain de sang.

Paolo Affatato-L’Osservatore Romano

Elle s’est agenouillée et les a implorés de s’arrêter. «Au nom de Dieu, épargnez ces jeunes vies. Prenez la mienne». Sœur Ann Nu Thawng,  religieuse de l’ordre de Saint-François-Xavier — congrégation de droit diocésain dans le diocèse de Myitkyina, au nord d ela Birmanie— était jusqu’à présent restée entre les murs de son couvent, soutenant par le silence, la prière, l’encouragement spirituel, ces jeunes qui défilaient avec passion dans les rues, en demandant la liberté et la démocratie. Elle les regardait avec l’attitude maternelle et l’affection discrète que les adultes réservent aux adolescents et aux jeunes qui ont tant d’idéaux, de rêves, d’énergies pour réaliser le bien. Mais dimanche 28 février, sans attendre, elle a transformé ce support moral en action courageuse qui s’est révélée décisive pour éviter un massacre.

Au cours d’une journée dramatique pour la Birmanie, l’élan humanitaire et l’audace de sœur Ann rappellent le sacrifice de nombreux martyrs de la foi. A plus de quatre semaines du début de la crise, alors que le mouvement de désobéissance civile est presque parvenu à bloquer la machine de l’Etat et que les manifestations populaires continuent dans les plus grandes villes birmanes, la répression de l’armée s’est faite plus dure et plus violente et la police a ouvert le feu sur la foule sans défense. A la date du 28  février, l’on comptait au moins 18 victimes, ce qui a  été confirmé par les Nations unies, là où l’ambassadeur de Birmanie à l’Onu, Kyaw Moe Tun, s’est distingué par une intervention pressante en faveur des manifestants et, contestant la férocité de la junte militaire, a conclu par le signe distinctif des trois doigts levés, ce qui lui a valu d’être immédiatement licencié.

A Myitkyina, capitale de l’Etat Kachin, un territoire où les chrétiens sont environ un tiers de la population (plus de  550 mille sur  1,6 millions d’habitants), les manifestants descendent dans la rue depuis des semaines. Le 28 février, l’affrontement avec les militaires est devenu plus dur et au moins cinquante jeunes ont été arrêtés dans la ville, où la police a utilisé des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants qui ont organisé deux cortèges différentes dans les rues, un le matin, l’autre l’après-midi.

En cette circonstance, le rassemblement est passé près du couvent catholique de Saint-Colomban, où habitent les religieuses de Saint-François-Xavier, qui gèrent un dispensaire et une petite clinique pour les malades les plus indigents. Précisément au cours de ces moments de désordre, les tirs, la fumée, les cris des personnes présentes ont attiré l’attention des sœurs qui ont assisté à des scènes de violence et d’agressions. A ce moment-là, les risques de voir du sang innocent se répandre sur le sol étaient très élevés. «Caritas Christi urget nos» a dit sœur Ann. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, elle a ouvert le portail et est descendue dans la rue, se dirigeant sans défense vers la police alignée en tenue anti-émeutes. Agenouillée, elle a levé les mains vers Dieu et a imploré: «Ne tirez pas, ne tuez pas des innocents. Si vous voulez, tirez sur moi». Ce geste prophétique et courageux a déconcerté les agents qui n’ont pas tiré et  qui ont arrêté leur marche armée de boucliers et de fusils. Ces soldats, jeunes eux aussi, n’ont pas eu la force d’aller plus loin, alors qu’une larme creusait  leurs visages.

Le courage de sœur Ann a permis à au moins cent manifestants de trouver refuge dans le couvent des religieuses, alors que plus de quarante blessés ont été conduits dans la clinique attenante, où ils ont reçu les premiers soins. La violence a cessé et cet affrontement, qui pouvait se transformer en tragédie, n’a pas eu de suite. La médiation spontanée de sœur Ann a eu un succès inattendu. Patricia Yadanar Myat Ko, l’une des jeunes filles  qui a trouvé refuge dans le monastère, raconte: «Nous sommes saufs grâce à l’intervention miraculeuse de cette sœur. C’est une véritable héroïne. Nous lui devons la vie». «Ce n’est qu’à cause de son appel pressant que sœur Ann a réussi à freiner les militaires qui s’acharnaient sur les jeunes. C’est un modèle pour l’Eglise dans tout la Birmanie. Et, après avoir calmé les esprits, elle a couru soigner les blessés» ajoute Joseph Myat Soe Lat, un autre des témoins oculaires.

Vatican News

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