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Législatives: vers une France ingouvernable ?

Alexis Massart est politologue, spécialiste de la vie politique française et directeur de l’université catholique de Lille. Il tire les enseignements de ce second tour des législatives, un mois après la réélection du président Emmanuel Macron. Et esquisse les contours d’une période politique inédite dans l’histoire de la Ve République.

Entretien réalisé par Claire Riobé – Cité du Vatican

Trois jours après les résultats des élections législatives françaises, le paysage politique se dessine, fracturé. Le second tour du scrutin, qui s’est tenu dimanche 19 juin, a signé l’échec politique d’Emmanuel Macron, dont le parti présidentiel a obtenu une majorité relative, la plus faible de l’histoire de la Ve République.

La coalition présidentielle obtient 246 sièges à l’Assemblée nationale, soit 100 sièges de moins qu’il y a 5 ans. Elle est suivie de près par la Nupes, la Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale, qui se détache avec 142 sièges. Vient ensuite le Rassemblement National qui obtient 89 sièges, soit dix fois plus qu’en 2017. Le Parlement français offre ainsi une composition inédite, qui soulève depuis dimanche de nombreuses interrogations.

Du «défaut de campagne» à l’échec des législatives

Pour Alexis Massart, politologue et directeur de l’université catholique de Lille, les raisons de l’échec politique d’Emmanuel Macron aux législatives sont d’abord d’ordre systémique. «Le pouvoir politique a de moins en moins la capacité à mobiliser les citoyens français sur des enjeux électoraux», reconnait-il. En cause également, la complexité de ce type d’élections, en particulier depuis l’abolition du septennat au profit du quinquennat, en 2022. «Une partie de l’électorat a le sentiment d’avoir déjà donné son point de vue aux élections présidentielles. Alors pourquoi se remobiliser derrière ?»

Vient ensuite la responsabilité du président Macron lui-même, dont le contenu de la campagne présidentielle n’aurait pas su rejoindre les électeurs. «La mobilisation a été d’autant plus faible qu’on n’avait pas de visibilité sur des propositions de changement réel, de nouveaux modèles de société ou encore d’un nouveau contrat social», indique Alexis Massart. Autant d’éléments mobilisateurs sur lesquels s’est moins penché le candidat-président, monopolisée par la guerre en Ukraine.

La nécessité de nouvelles alliances

Le président Emmanuel Macron, désavoué dans les urnes, convie ces 21 et 22 juin à l’Elysée les forces politiques qui vont constituer des groupes à l’Assemblée. Piégé par les scores, le chef d’Etat n’a pas le choix : son gouvernement est fragilisé, sa première ministre en sursis et son second quinquennat en danger. 

La majorité relative à l’Assemblée n’est pas une première, ce scénario s’étant déjà produit de 1988 à 1993, dans la foulée de la réélection de François Mitterrand. Malgré les difficultés de gouvernance inédites qui attendent das les semaines à venir Emmanuel Macron, «on peut se dire que s’il n’y a pas de majorité présidentielle, il n’y a pas non plus de majorité contre [lui], observe Alexis Massart. «On imagine assez mal les députés de la NUPES et le Rassemblement national voter contre les projets de loi», insiste-il.

Pour trouver une majorité et parvenir à faire passer ses textes, Emmanuel Macron dispose de deux possibilités : se tourner vers des élus de divers gauches, en dehors de la Nupes, ou vers ceux du groupe PS. Reste ensuite la relation de la majorité présidentielle avec le parti de droit Les Républicains (LR) : «Est-ce que LR va rentrer en discussion avec la majorité présidentielle ?»,  interroge Alexis Massart. «C’est la grande question qui se pose depuis dimanche, et qui constitue une ligne de rupture entre les députés de LR eux-mêmes». Le politologue revient également sur les opportunités d’une reparlementarisation de l’Assemblée

Entretien avec Alexis Massart

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