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Ukraine: en plus des vies humaines, la guerre tue aussi la terre

La guerre cause de graves dommages à l’environnement et nuit à la richesse culturelle des peuples. Volodymyr Sheremeta, chef du bureau environnement de l’Église gréco-catholique ukrainienne, revient sur les graves dangers et conséquences de la guerre pour le territoire ukrainien.

Svitlana Dukhovych – Cité du Vatican

La guerre est une tragédie à tous points de vue: des vies humaines brisées, des lieux ravagés par les bombardements, une destruction massive de l’environnement. Le Pape François, dans son encyclique Laudato Si, alertait déjà en 2015 sur l’impact de conflit internationaux sur l’état de la Terre. C’est aujourd’hui ce qui se passe en Ukraine, où le peuple et l’environnement souffrent à cause de l’invasion de l’armée russe. Le témoignage de Volodymyr Sheremeta, chef du Bureau pour l’Environnement de l’Église gréco-catholique ukrainienne, révèle tous les drames d’un conflit qui cause, depuis février 2022, mort et destruction.

La confrontation quotidienne avec la perte de multiples vies humaines et la souffrance inouïe qu’elle provoque, semble ne pas laisser de place à d’autres préoccupations telles que celle de l’environnement. Pourtant, la guerre révèle plus que jamais la valeur fondamentales des choses, et vivre dans un lieu sain fait partie de celles-là. «La guerre détruit la faune et la flore, détruit les habitations, menace la santé et la vie humaines, le bien-être des générations actuelles et futures», explique le professeur Volodymyr Sheremeta.

Air, eau et sol empoisonnés

Parmi les dommages les plus graves du conflit ukrainien sur l’environnement, il pointe du doigt la pollution chimique de l’air, de l’eau et du sol. Cette pollution est causée par des bombardements mais aussi par l’utilisation d’équipements militaires, par les gaz d’échappement, par le maniement de combustibles et de lubrifiants, qui sont déversés dans l’environnement, ou encore par les milliers de véhicules brûlés et désaffectés. «L’armée russe attaque à la fois l’infrastructure militaire et les cibles civiles», souligne le professeur Sheremeta. «En particulier, les dépôts de pétrole et les installations industrielles sont touchés et cela provoque des incendies qui, à leur tour, provoquent une pollution supplémentaire».

Le chef du Bureau dédié à l’Environnement au sein de l’Église gréco-catholique déplore que, depuis le début du conflit, 900 zones naturelles protégées ont été touchées, soit un tiers du total du pays. Les territoires du Réseau Émeraude (un réseau écologique qui contribue à protéger la biodiversité en Europe) sont également menacés de destruction.

Le risque nucléaire

La gravité de ces risques pour l’environnement dépasse le seul territoire ukrainien. «Le monde entier se souvient des graves conséquences socio-environnementales et des dangers pour des millions de personnes dus aux radiations, après l’explosion du réacteur nucléaire de Tchernobyl en 1986», affirme Volodymyr Sheremeta. Dès le premier jour de cette guerre, la centrale nucléaire de Tchernobyl a été occupée par les militaires russes qui l’ont ensuite abandonnée fin mars. La plus grande centrale nucléaire d’Europe à Enerhodar (près de la région de Zaporizhia) a été touchée par l’artillerie russe et est toujours sous leur contrôle. «Aujourd’hui, en Ukraine, il y a quatre centrales nucléaires avec 15 réacteurs actifs chacun, qui, dans cette guerre, pourrait devenir une cible potentielle de l’agresseur et représenter une menace sérieuse pour l’environnement et la vie de millions de personnes, non seulement en Ukraine, mais aussi en Europe et dans le monde», affirme-t-il.

Les terres minées

Autre problème écologique grave, pour les décennies à venir: les mines disséminées dans de vastes zones du pays. Chaque jour, indique Volodymyr Sheremeta, des rapports font état de personnes tuées ou blessées à la suite de l’explosion d’une mine, en particulier des agriculteurs qui se rendent dans leurs champs avec des machines pour travailler la terre. «Nous pouvons toucher du doigt, ajoute-t-il, comment la guerre détruit non seulement des vies humaines, mais se traduit aussi dans la douleur et la souffrance de toute la Création avec les multiples conséquences environnementales à long terme pour la vie humaine elle-même et le bien commun».

Préserver la Création

Malgré la guerre, le Bureau pour l’Environnement des gréco-catholiques, situé dans l’Ouest de l’Ukraine, a continué à remplir sa mission: protéger et préserver la Création de Dieu, dont l’Homme lui-même fait partie intégrante. «Notre service a toujours été très anthropocentrique, explique le professeur, concentré non pas sur la résolution des défis environnementaux externes ou sur les symptômes des maladies environnementales de la planète, mais sur la personne qui peut devenir la cause principale ou même victime des problèmes environnementales».

Ce bureau a un référent dans chaque éparchie: ce sont les prêtres qui ont la tâche particulière de prier, prêcher et mettre en œuvre des initiatives pour le soin de la Création. Parmi les initiatives lancées figure celle de «Planter l’arbre de la paix», lancée il y a huit ans au début de la guerre dans l’Est de l’Ukraine, et qui a été reprise, là où c’était possible, cette année encore.

Dans le projet, il y a les camps d’été traditionnels pour les enfants et les jeunes, qui, à travers la prière, des jeux éducatifs et des présentations multimédias, apprennent les bases de l’enseignement chrétien sur le soin de la Création. «Cette année, nous prévoyons d’impliquer nos hôtes dans ces camps d’été: des enfants et des jeunes qui ont dû fuir les parties les plus touchées par la guerre», conclut le professeur Sheremeta.

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